LIENS ANCESTRAUXTout est écrit partout en signes
Rechercher
Rechercher

Dans la petite cuisine

Ce matin-là, Mara avait eu une pensée nostalgique pour Aurélienne que petite-fille, elle voyait chez sa grand-mère en même temps que sa tante Olga. Chaque jour, en tout début d’après-midi, les deux femmes venaient retrouver Marcelline dans sa toute petite cuisine. Une fois le trio au complet, Marcelline servait le café qu’elle maintenait toujours au chaud sur le coin de sa cuisinière à charbon. Mara revoit les trois femmes de forte corpulence meubler l’espace de la minuscule cuisine de ses grands-parents. Une fois qu’elles étaient là, Paul son grand-père, partait s’oxygéner le corps et l’esprit dans son jardin à la sortie du village. Mara avait cru longtemps qu’Aurélienne était sa tante, mais non, cette femme qu’elle aimait beaucoup, était une vieille amie des deux sœurs.

Trois femmes physiquement différentes qui se retrouvaient autour d’un café pour papoter en se tournant les pouces pendant plusieurs heures. Mara avait toujours vu sa grand-mère Marcelline, assise sur une même chaise en bois qui avait fini par légèrement se creuser sous son poids. Un jour son cousin – de trois ans plus âgé qu’elle – qui ne manquait pas une bêtise, avait mis un peu d’eau dans le creux de la chaise. Un peu pour qu’elle ne voit rien en s’asseyant, mais assez pour mouiller son postérieur. Tapi à l’extérieur sous la fenêtre dans l’attente de savoir si son coup allait réussir, le chenapan pouffait de rire. Moins fier en entendant les hurlements de son aïeule, il avait pris ses jambes à son cou. Même Mara avait couru se cacher, accrocher aux talons de son cousin.

  • Ça c’est du Mickaël ! Il est où ? Vous allez voir quand il va rentrer ! Mickaël, Mickaël – criait-elle !

Y’avait-il eu punition pour le cousin ? Mara l’a oublié mais, elle se souviendra toujours du déchainement de colère de sa grand-mère.

Toutes ces années après, Mara revoit sa grand-mère Marcelline, sa tante Olga et Aurélienne. Toutes les trois sont bien là dans son souvenir qui papotent de tout et de rien dans la petite cuisine. Mais, son souvenir le plus marquant parce que spectaculaire en prenant du recul, restera de les voir tourner leurs pouces. Marcelline bien ronde de partout, tournait ses pouces, mains posées à hauteur de son ventre. Pour tourner à l’aise, la tante Olga aux bras très courts, les callaient sur sa volumineuse poitrine pendant qu’Aurélienne, tournait bras posés sur ses genoux. Et ça tournait, tournait, tournait inlassablement jusqu’au retour du grand-père Paul.

C’était finalement un rituel ! Le grand-père Paul s’en allait dès l’arrivée d’Olga ou Aurélienne. Lorsqu’il rentrait quelques heures plus tard, sa brouette remplie des légumes de saison tout frais cueillis, son retour, sonnait le départ des deux femmes.

Au milieu du plafond bas de leur minuscule cuisine, le couple avait suspendu un attrape-mouche. Pour Paul, le piège tout collant, n’était pas suffisant. Quand une d’elle prenait le risque de voler un peu trop près, gare à elle. Pas le temps d’aller chercher la tapette. Ni une, ni deux, un coup de casquette et vlan, il était fier de dire à Mara – t’as vu, j’lai pas râtée celle-là ! Une de moins -.

Mara aime re-voyager son passé qu’elle pérénise sur le papier. Un vrai spectacle pour la petite-fille d’alors et un souvenir indélébile pour la mamie qu’elle est devenue à son tour.

Laissez un commentaire

LIENS ANCESTRAUX

Articles récents

Archives

A NOTER

Toute ressemblance ou similitude avec des personnages ou des faits existants ou ayant existé, ne saurait être que coïncidence fortuite.